Anatomie de la cornemuse écossaise, pièce par pièce

Démontée, une cornemuse écossaise tient en une vingtaine de pièces, qui s’emboîtent par des tenons garnis de fil. Connaître leur nom et leur rôle aide à suivre un cours, à entretenir l’instrument et à comprendre ce que dit un vendeur ou un réparateur. Voici le parcours de l’air, de la bouche du sonneur jusqu’aux tuyaux qui chantent.
Vue d’ensemble
| Pièce | Nom anglais courant | Rôle |
|---|---|---|
| Poche | Bag | Réservoir d’air |
| Souches | Stocks | Pièces fixées dans la poche, qui reçoivent les tuyaux |
| Tuyau d’insufflation | Blowpipe | Remplit la poche |
| Clapet | Valve | Empêche l’air de ressortir par le tuyau d’insufflation |
| Chanter | Chanter | Joue la mélodie |
| Bourdons ténors (2) | Tenor drones | Note fixe une octave sous le La du chanter |
| Bourdon basse | Bass drone | Note fixe deux octaves sous le La du chanter |
| Anches | Reeds | Mettent l’air en vibration |
| Housse | Bag cover | Habille et protège la poche |
| Cordons | Cords | Relient et maintiennent les bourdons |
La poche
La poche est le cœur de l’instrument : le sonneur la remplit d’air, la cale sous le bras gauche (pour la plupart des sonneurs) et la presse pour alimenter les anches. Elle peut être en peau de mouton, en cuir de vache, en peau d’élan, en matière synthétique, ou combiner une enveloppe synthétique et une membrane interne. Sa taille se choisit selon la morphologie du sonneur. Son entretien, très différent selon le matériau, est expliqué dans la page sur l’entretien de la poche.
Par-dessus, une housse en tissu, souvent en velours ou en tartan, protège la poche et évite qu’elle glisse sous le bras.
Les souches
Les souches sont de courts cylindres de bois ou de polymère ligaturés de façon étanche dans les ouvertures de la poche. Il y en a cinq : une pour le tuyau d’insufflation, une pour le chanter et trois pour les bourdons. Elles permettent de retirer les tuyaux sans toucher à la poche, et protègent les anches, logées à l’intérieur des souches lorsque l’instrument est monté.
Le tuyau d’insufflation et son clapet
Le tuyau d’insufflation (blowpipe) est le tube par lequel le sonneur souffle. Il se termine par un embout et contient, côté poche, un clapet anti-retour : de cuir autrefois, de caoutchouc ou de matière synthétique aujourd’hui. Sans ce clapet, l’air repartirait par la bouche dès que le sonneur reprend sa respiration. Sa longueur se règle à la morphologie, pour que la tête reste droite et la poche bien placée.
Certains sonneurs y ajoutent un système de gestion de l’humidité, qui retient une partie de la condensation produite par le souffle.
Le chanter
Le chanter est le tuyau mélodique, tenu à deux mains devant le corps. Il compte sept trous sur le devant et un trou de pouce à l’arrière, et se termine par un pavillon évasé souvent orné d’une bague décorative appelée sole. Sa perce est conique, et il fonctionne avec une anche double. Sa gamme et sa fabrication sont détaillées dans la page consacrée au chanter.
Les bourdons
Les trois bourdons reposent sur l’épaule gauche. Chacun est formé de plusieurs sections emboîtées :
- les ténors comptent deux sections au-dessus de la souche ;
- la basse, plus longue, en compte trois.
Les emboîtements coulissants servent à l’accord : allonger un bourdon fait baisser sa note, le raccourcir la fait monter. Le sommet de chaque bourdon s’évase en une cloche, le plus souvent coiffée d’un embout décoratif. Les bourdons ont une perce cylindrique et fonctionnent avec une anche simple. Leur réglage et leur accord sont expliqués dans la page les bourdons.
Les anches
La cornemuse écossaise utilise deux types d’anches :
- une anche double pour le chanter, en canne ligaturée sur un petit tube métallique ;
- trois anches simples pour les bourdons, aujourd’hui le plus souvent synthétiques.
Les anches sont les pièces qui s’usent et se remplacent ; leur choix et leur réglage pèsent lourd sur la facilité de jeu. Elles ont leur propre page : les anches de cornemuse.
Tenons, chanvre et montures
Les pièces s’emboîtent par des tenons, des portions amincies du bois enroulées de chanvre ciré ou de fil synthétique. Ce garnissage assure l’étanchéité et permet de régler la fermeté de l’emboîtement : trop lâche, le joint fuit ; trop serré, il force le bois.
Les montures sont les bagues et viroles qui ornent les bourdons, les souches et le tuyau d’insufflation. Au-delà du décor, les viroles renforcent les extrémités du bois, là où il risquerait de se fendre. Les décors tournés directement dans le bois (gorges, filets) font aussi partie de la signature visuelle de chaque facteur.
Les cordons
Les bourdons sont reliés par des cordons tressés, souvent assortis aux pompons ou à la housse. Ils maintiennent l’écartement des bourdons et leur bonne tenue sur l’épaule. Leur réglage relève à la fois du confort et de l’esthétique, en particulier dans un pipe band où tous les instruments doivent avoir la même allure.
Remonter l’instrument
Un ordre de montage aide à ne rien oublier :
- vérifier les anches et leur logement ;
- emboîter les bourdons dans leurs souches, sans forcer sur les tenons ;
- placer le tuyau d’insufflation, puis le chanter ;
- ajuster les cordons et la housse ;
- gonfler la poche, contrôler l’étanchéité, puis passer à l’accord.
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