Cornemuses du monde : gaita, zampogna, gaida, dudy, säckpipa

La cornemuse écossaise n’est qu’un membre d’une très grande famille. On joue de la cornemuse de l’Atlantique à l’Inde, sous des formes parfois très éloignées : un ou deux chalumeaux, aucun ou plusieurs bourdons, insufflation à la bouche ou soufflet, perce conique ou cylindrique. Ce tour d’horizon laisse de côté les instruments français, présentés dans l’article sur les cornemuses de France.
Comment les distinguer
Quelques critères suffisent à classer la plupart des cornemuses :
- l’alimentation : à la bouche ou par un soufflet ;
- le chalumeau : simple ou double, perce conique (son puissant) ou cylindrique (son plus doux, une octave plus grave à longueur égale) ;
- les anches : doubles, comme sur la cornemuse écossaise, ou simples, découpées dans un roseau ou un tube ;
- les bourdons : leur nombre, leur position sur l’épaule ou le long du chalumeau.
Les termes techniques sont détaillés dans l’article sur l’anatomie de la cornemuse écossaise.
Péninsule Ibérique : les gaitas
La gaita galicienne est la plus connue des cornemuses espagnoles. Gonflée à la bouche, elle a un chalumeau conique et un grand bourdon, souvent complété par un ou deux petits bourdons. Elle est au centre de la musique galicienne, en solo, en duo avec un tambour ou en larges ensembles, les bandas de gaitas.
La gaita asturienne, voisine, s’en distingue par sa sonorité et par son répertoire, et partage avec la Galice une forte présence dans les festivals interceltiques.
Au Portugal, la gaita de fole est jouée surtout dans le nord du pays, notamment dans le Trás-os-Montes.
Italie : la zampogna
La zampogna est la cornemuse de l’Italie du Sud. Sa particularité est d’avoir deux chalumeaux, un pour chaque main, réunis avec les bourdons dans une même souche. L’un joue la mélodie, l’autre un accompagnement. Elle est souvent associée à la ciaramella, un petit hautbois, et à la période de Noël, où des joueurs descendaient traditionnellement des montagnes pour jouer dans les villes.
Plus au nord, on trouve d’autres cornemuses italiennes, comme la müsa des Apennins ou la piva de l’Italie septentrionale.
Balkans : les gaidas
Dans les Balkans, la gaida est répandue en Bulgarie, en Macédoine du Nord, en Grèce et dans les régions voisines. Elle possède un chalumeau à perce cylindrique et un bourdon, avec un petit trou supplémentaire, la « puce », qui permet des ornements très rapides. La poche est souvent une peau de chèvre ou de mouton entière.
La kaba gaida des Rhodopes, en Bulgarie, est une version grave, au son ample, jouée parfois en grands ensembles.
Sur les îles grecques, la tsambouna n’a pas de bourdon : elle possède deux tuyaux parallèles, l’un jouant la mélodie, l’autre une note tenue ou une seconde voix.
Europe centrale : dudy et duda
En Bohême, les dudy tchèques sont des cornemuses à soufflet, souvent ornées d’une tête de chèvre sculptée au bas du chalumeau. Leur perce cylindrique leur donne un timbre doux et grave.
La duda hongroise et la koza polonaise, dont le nom signifie « chèvre », appartiennent à la même famille d’instruments d’Europe centrale, avec des décors sculptés caractéristiques.
Europe du Nord : säckpipa et torupill
En Suède, la säckpipa avait presque disparu au XXe siècle. Elle a été reconstruite d’après des instruments conservés et elle est aujourd’hui jouée par une nouvelle génération de musiciens.
En Estonie, le torupill a lui aussi connu un renouveau. Il fait partie des symboles de la musique traditionnelle estonienne, et sa facture a été reprise par des luthiers contemporains.
Îles Britanniques et Irlande
Outre la Great Highland Bagpipe, les îles Britanniques comptent plusieurs cornemuses :
- les Northumbrian smallpipes, du nord-est de l’Angleterre, à soufflet, au chalumeau fermé et à clés, d’un son doux et piqué ;
- les Scottish smallpipes, cornemuses écossaises de petite taille, souvent à soufflet, prisées pour jouer en intérieur avec d’autres instruments ;
- les border pipes, cornemuses à soufflet des confins anglo-écossais ;
- les uilleann pipes, cornemuses irlandaises à soufflet, présentées dans un article dédié.
Méditerranée orientale, Afrique du Nord et Asie
- La tulum, jouée notamment par les Lazes de la côte turque de la mer Noire, n’a pas de bourdon et possède deux tuyaux parallèles.
- Le mezoued tunisien, à deux tuyaux terminés par des cornes, est au cœur de la musique populaire tunisienne du même nom.
- En Inde, le mashak est une cornemuse jouée dans plusieurs régions du nord, et la cornemuse écossaise elle-même a été adoptée par des fanfares militaires et civiles, au Népal et dans d’autres pays d’Asie du Sud.
Tableau de synthèse
| Instrument | Pays ou région | Particularité |
|---|---|---|
| Gaita | Galice, Asturies | Chalumeau conique, grand bourdon |
| Zampogna | Italie du Sud | Deux chalumeaux |
| Gaida | Balkans | Perce cylindrique, trou de « puce » |
| Tsambouna | Îles grecques | Pas de bourdon, deux tuyaux |
| Dudy | Bohême | Soufflet, tête de chèvre sculptée |
| Säckpipa | Suède | Instrument reconstruit au XXe siècle |
| Northumbrian smallpipes | Nord-est de l’Angleterre | Chalumeau fermé à clés |
| Tulum | Turquie, mer Noire | Pas de bourdon |
Une même idée, mille sons
Toutes ces cornemuses répondent au même problème : jouer fort et sans interruption, avec une note de fond permanente. Elles ont été façonnées par les danses, les langues et les matériaux de leur région. Pour entendre la plupart d’entre elles, les festivals de musiques traditionnelles restent les meilleures occasions, comme l’explique le guide des rendez-vous de la cornemuse.
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